Extrait de la fin du chapitre 4

J’ai toujours estimé qu’on donnait la vie aux gens trop tôt ! On n’a pas le temps d’analyser les choses, de disséquer les événements, d’explorer le monde avant de s’y lancer. Le sort nous parachute dans cette jungle qu’on nomme la vie, sans avoir le moindre mode d’emploi ! Et le pire pour certains, c’est qu’ils n’ont même pas de parachute. Et voilà ! Sur le sol de cette maudite planète, on nous dit : « Débrouillez-vous  ! Travaillez, souffrez si vous voulez vivre ! Et si vous avez soif, buvez votre sueur ! Si vous avez faim, mangez votre voisin ! Si vous voyez le malheur, et bien, fermez les yeux ! ».
« Et si vous avez mal, et bien vivez avec, on ne vous a jamais dit que la  vie était faite pour votre bonheur ! » C’était un bon  condensé de mon état d’esprit après le suicide de mon malade.
Extrait du chapitre 5

– Acceptez que je vous clone.

Hébété à l’écoute de cette proposition, je me suis trouvé durant une  pincée de        secondes, en état de parfaite suspension, démuni de toute énergie motrice, incapable de manifester ma surprise. Devant ma stupeur que je ne pouvais        feindre à Sully, il enchaîna afin de me redonner quelque activité cérébrale :

– Votre clone sera bien plus que votre enfant. En fait, il sera vous… mais bébé. Il sera votre parfaite copie, votre double ! Vous le verrez grandir ; vous vous verrez grandir. Et vous n’aurez plus qu’à lui transmettre tout ce que vous savez. Dans quel piège il ne faut pas qu’il tombe, ce qu’il faut faire et ne pas faire. Le rêve de toute        l’humanité. Vous allez pouvoir vous instruire vous-même, mieux que le feraient les meilleurs parents du monde.

Sully n’était pas homme à encaisser un refus sans que celui-ci ne le vexe dans son amour-propre le plus reclus. Il savait convaincre, faire fantasmer. Et s’il        pressentait que vous n’accordiez pas foi à ses propos, il ne cessait le débat. Et en        tentant d’aiguiser mon appétit de revanche sur un passé miteux, Sully ne        manquait pas d’arguments :

– Vous imaginez-vous le nombre d’individus qui se sont dit : Si c’était à refaire !        Combien d’entre-nous n’ont pas choisi de naître dans les taudis d’Harlem ou        d’ailleurs. Combien n’ont pu que subir plutôt que de diriger leur existence ? Allan ! Soyez enfin le chef d’orchestre ! Le pouvoir, le savoir et la jeunesse en deux êtres qui n’en forment qu’un. Vous pourrez enfin utiliser à bon escient vos si j’avais su.

Après un silence qui avait quelque chose de pieu et de sacré :

– Alors comme cela, c’est réellement possible ? fis-je, un peu désinvolte, songeant que tout ceci n’était pas vraiment dans le domaine du réalisable.

Je lui répliquais cela conscient que depuis que j’étais en âge de comprendre le monde, celui-ci n’avait guère à m’offrir. Il étira un long sourire.

Autre extrait du chapitre 5

– Puis, reprit-il. Quelle aventure plus euphorisante que de vous voir, vous,        nourrisson, naître et évoluer dans un tout autre milieu que celui dans lequel vous avez vu le jour.

Je serais mon père idéal. Renaître en sachant tout ce que l’on sait, ne l’avais-je pas mille fois rêvé ? Reprendre la route en connaissant les chemins et les        raccourcis. Reconstruire une existence avec toute l’expérience d’une ancienne vie, quel divin fantasme !

Et puis d’ailleurs, si universellement, nous n’étions tous que de la poudre de cosmos ; sur Terre, que de la chair à canon… il y avait plus à espérer dans l’avancée scientifique que dans la crainte des foudres d’un dieu ou dans l’injustice d’une existence uniquement biologique.

– De toute manière, je n’appellerais pas cela une expérience, s’était-il justifié. Mais une aventure… Entre vous et moi… l’existence ne se résume-t-elle pas à naître, manger, dormir, se reproduire, et finir immanquablement dans quatre bouts de chêne, et        cela… si les moyens vous l’ont permis, avait-il ajouté avec une pointe de cynisme.

Et comme pour achever de me convaincre, il me fit :
–      Savez-vous que notre vie est déjà déterminée avant même notre sixième      anniversaire… Voilà une véritable injustice ! Nous ne sommes que ce que nos parents ont fait de nous ! Nous héritons non seulement de leurs gênes, mais aussi de leur éducation, de leurs religions, de leurs rites, et du milieu dans lequel nous      allons débuter notre existence. Et malgré la vanité dont nous nous prévalons, nous ne sommes en fait qu’un vaste amalgame de divers héritages.

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